J-73 avant Noël : la Nuit des radis de Oaxaca, une tradition sculptée pleine de magie

Nous y voilà : il reste 73 jours avant Noël ! En ce 13 octobre, les feuilles roussissent, les soirées se font plus douces, et la magie des fêtes commence tout doucement à pointer le bout de son nez. Pour patienter jusqu’au grand soir, partons aujourd’hui à la découverte d’une tradition de Noël aussi surprenante que poétique, célébrée à l’autre bout du monde : la Noche de Rábanos, autrement dit la Nuit des radis.
Direction Oaxaca, dans le sud du Mexique, pour un festival de sculpture aussi éphémère qu’étonnant, où des légumes tout ce qu’il y a de plus ordinaires se transforment le temps d’une soirée en véritables œuvres d’art. De quoi nourrir de jolies discussions autour de la table, en attendant que le sapin ne retrouve sa place au salon.
L’essentiel à retenir 🎄
À Oaxaca, au Mexique, la Noche de Rábanos transforme chaque 23 décembre la grand-place en galerie éphémère : des artisans y sculptent des radis géants en crèches et scènes de vie, une tradition née en 1897. Les œuvres, en totomoxtle ou en fleur immortelle selon les catégories, ne tiennent que quelques heures avant de se faner. Une belle idée à essayer en famille : reproduire l’expérience à la maison avec une simple carotte, en attendant les 73 jours qui nous séparent encore de Noël.
Direction Oaxaca, au sud du Mexique
Chaque 23 décembre, dans la ville d’Oaxaca, se tient l’une des fêtes les plus originales de la saison. Sur le zócalo, la grand-place officiellement appelée Plaza de la Constitución, artisans et habitants se rassemblent pour un spectacle haut en couleur : la sculpture de radis géants. Oui, vous avez bien lu, des radis ! Mais pas n’importe lesquels : des radis cultivés spécialement pour l’occasion, parfois longs de plusieurs dizaines de centimètres et lourds de plusieurs kilos, bien loin des petits radis roses de nos jardins.
La fête se déroule le jour même du traditionnel marché de Noël de la ville, ce qui explique en partie pourquoi les deux événements sont aujourd’hui indissociables dans la mémoire des habitants d’Oaxaca. Dès le matin, les familles s’installent sur les trottoirs autour de la place pour réserver leur place, et l’attente se transforme vite en petite fête à elle seule, entre vendeurs de churros et musiciens ambulants.
Pourquoi des radis, précisément ?
L’histoire commence bien avant 1897. Ce sont les colons espagnols qui, au XVIe siècle, introduisent le radis dans la région d’Oaxaca. Encouragés par des frères dominicains soucieux de développer le maraîchage local, les paysans se mettent à cultiver ce légume en grande quantité, notamment pour le marché qui précède Noël. Or, certains radis oubliés en terre un peu trop longtemps prennent des formes tordues, torturées, parfois franchement comiques. Plutôt que de les jeter, les maraîchers ont l’idée de les tailler pour attirer l’œil des passants et vendre plus facilement leur récolte. Cette petite astuce commerciale, née d’un légume biscornu et d’une récolte un peu trop abondante, est devenue plus d’un siècle plus tard l’un des symboles les plus attendus des fêtes à Oaxaca, bien au-delà du simple argument de vente qu’elle était à l’origine.
Une tradition née à la fin du XIXe siècle
La Nuit des radis n’est pas une fantaisie récente. Le concours officiel a été institué en 1897 par le maire de l’époque, Francisco Vasconcelos. À l’origine, les maraîchers sculptaient déjà leurs radis pour attirer le regard des clients sur le marché de Noël qui se tenait sur la place. Voyant l’engouement du public, la ville décida d’en faire une véritable compétition, organisée chaque année depuis, y compris pendant les périodes les plus troublées de l’histoire du pays. Plus d’un siècle plus tard, la tradition est toujours vivante : elle est aujourd’hui reconnue comme patrimoine culturel immatériel de l’État d’Oaxaca, et attire chaque 23 décembre des milliers de curieux venus des quatre coins du Mexique et de l’étranger.
Trois matières pour une même magie
Avec le temps, le concours s’est enrichi de nouvelles catégories. Outre la sculpture de radis, deux autres matières végétales sont aujourd’hui mises à l’honneur : le totomoxtle, cette feuille qui enveloppe l’épi de maïs et que l’on laisse sécher naturellement, et la flor inmortal, une petite fleur des vallées d’Oaxaca qui, une fois séchée, conserve sa couleur et sa forme d’origine. Chacune de ces matières donne lieu à des créations différentes : le totomoxtle, une fois assoupli, se prête bien aux drapés et aux costumes de personnages, tandis que la fleur immortelle permet de composer des tableaux presque textiles, tout en nuances de beige et de brun. Toutes racontent la même histoire : celle d’artisans qui transforment ce que la terre leur offre en véritables tableaux vivants, le temps d’une soirée de décembre.
Les organisateurs distinguent aussi plusieurs modalités selon l’âge des participants, avec des catégories réservées aux enfants et aux adolescents, en plus de la catégorie libre réservée aux adultes. Une belle façon de transmettre ce savoir-faire de génération en génération, et de donner très tôt aux plus jeunes le goût du travail minutieux et de la patience.
Des crèches sculptées dans la chair du radis
Ce qui rend cette fête si touchante, c’est ce que les artisans choisissent de représenter. Pendant des heures, à l’aide de petits couteaux et de cure-dents, ils transforment ces légumes en scènes minutieusement détaillées. Les sujets les plus appréciés ? Les scènes de la Nativité, bien sûr : on y reconnaît Marie, Joseph, l’enfant Jésus, les rois mages et même des troupeaux entiers, taillés dans la pulpe blanche et la peau rosée du radis. D’autres artisans préfèrent recréer des scènes de la vie quotidienne d’Oaxaca, des danses traditionnelles ou des bâtiments emblématiques de la région, comme le couvent de Santo Domingo. Chaque détail compte, et les radis, par leur teinte rose et blanche, donnent à ces créations un charme tout particulier, presque nacré sous les lumières du soir.
Un concours à la beauté éphémère
Le soir du 23 décembre, la grand-place se transforme en galerie à ciel ouvert. Les œuvres sont exposées sur de longues tables, illuminées pour l’occasion, tandis que la foule défile pendant plusieurs heures pour admirer le travail des sculpteurs. Un jury récompense les plus belles réalisations dans chaque catégorie par une somme d’argent, une reconnaissance très prisée par les artisans locaux. L’ambiance, elle, est à la fête : musique, lumières, gourmandises et émerveillement des petits comme des grands. La seule contrainte ? Les radis flétrissent vite, si bien que les sculptures ne tiennent que quelques heures avant de se faner. Une beauté fugace qui rend le moment encore plus précieux, et qui pousse chaque année les visiteurs à venir tôt pour ne rien manquer du spectacle avant que la fraîcheur des radis ne s’évanouisse dans la nuit.
Envie d’y assister un jour ?
Si l’envie d’un Noël dépaysant vous titille, sachez que la Noche de Rábanos peut tout à fait s’intégrer à des destinations de voyage à l’étranger pour Noël, à condition de viser précisément le 23 décembre, seule date de l’année où l’événement a lieu. Oaxaca elle-même mérite le détour toute l’année pour son architecture coloniale, sa gastronomie réputée dans tout le pays et ses marchés colorés, mais c’est bien ce soir précis qui transforme la ville en un immense musée à ciel ouvert, gratuit et accessible à tous.
Un conseil si vous tentez l’aventure en famille : réservez votre hébergement plusieurs mois à l’avance, car la ville affiche complet dès le début du mois de décembre, et prévoyez d’arriver sur la place tôt dans l’après-midi pour profiter des sculptures avant la cohue du soir.
La magie de Noël aux quatre coins du monde
Cette tradition mexicaine nous rappelle une belle chose : partout sur la planète, les familles inventent leurs propres façons de célébrer Noël et perpétuent des traditions de Noël dans le monde aussi variées que surprenantes.
En Grèce par exemple, on ne décore pas un sapin mais un petit bateau de bois, une coutume bien ancrée dans les habitudes de Noël en Grèce, en souvenir des marins partis en mer.
Chez nous, on décore plutôt un sapin de Noël scintillant de guirlandes, pendant que d’autres sculptent des radis ou allument des lanternes multicolores dans les rues.
Beaucoup de familles françaises garnissent aussi un calendrier de l’Avent fait maison pour faire durer le plaisir du décompte, jour après jour, jusqu’au réveillon.
Voilà de quoi nourrir de jolies discussions en famille sur la façon dont Noël se fête ailleurs, et peut-être donner envie à vos enfants de bricoler, eux aussi, leurs propres petites scènes de Noël avec ce qu’ils ont sous la main.
Et si vous tentiez l’expérience en famille ?
Pas besoin d’attendre un voyage à Oaxaca pour s’essayer à la sculpture de légumes. Une carotte, un radis noir ou même une simple pomme de terre suffisent pour occuper un après-midi pluvieux d’automne avec les enfants. Munissez-vous d’un petit couteau adapté à l’âge de vos enfants (ou tenez-le vous-même pour les plus petits), de cure-dents pour assembler les pièces, et laissez libre cours à l’imagination : un bonhomme de neige, un petit renne ou une étoile suffisent largement pour se familiariser avec cet art éphémère. Vous pouvez même organiser un petit concours familial, avec un jury improvisé et une récompense symbolique pour le vainqueur, à la manière du vrai concours d’Oaxaca.
Pensez aussi à prendre une photo de chaque création avant qu’elle ne se flétrisse : contrairement aux radis d’Oaxaca, les vôtres tiendront rarement plus d’une journée sur le plan de travail de la cuisine, et il serait dommage de perdre le souvenir de la petite crèche en carotte sculptée par votre enfant.
C’est aussi l’occasion parfaite d’expliquer à vos enfants que Noël se fête différemment selon les pays, et que chaque tradition, même la plus insolite, porte en elle la même envie de partager un moment de magie en famille, où que l’on se trouve sur la planète.
En attendant, le décompte continue : encore 73 dodos avant que le Père Noël ne prépare sa tournée. C’est peut-être aussi le bon moment pour aider vos enfants à écrire une lettre au Père Noël, pendant que la magie des fêtes s’installe tranquillement dans les foyers, jour après jour, dodo après dodo.
Foire aux questions
C’est un concours annuel de sculpture sur radis qui se tient à Oaxaca, au Mexique. Des artisans taillent des radis géants pour former des crèches, des scènes de vie locale ou des monuments, exposés le temps d’une soirée sur la grand-place de la ville.
L’événement a lieu chaque 23 décembre sur le zócalo, la grand-place d’Oaxaca, dans le sud du Mexique. C’est une date fixe, à ne pas manquer si vous souhaitez assister au concours en personne.
Le concours officiel a été créé en 1897 par le maire de l’époque, Francisco Vasconcelos, à partir d’une coutume commerciale plus ancienne des maraîchers locaux. Elle est toujours célébrée chaque année depuis.
Les radis cultivés dans la région d’Oaxaca prennent parfois, en fin de saison, des formes tordues et surprenantes. Les maraîchers ont eu l’idée de les tailler pour attirer les clients au marché de Noël, une astuce devenue une véritable tradition artistique.
Les scènes de la Nativité sont les plus populaires, avec Marie, Joseph, l’enfant Jésus et les rois mages. D’autres artisans préfèrent représenter des danses traditionnelles, des bâtiments emblématiques d’Oaxaca ou des scènes de la vie quotidienne.
Très peu de temps : les radis flétrissent rapidement une fois taillés, si bien que les œuvres ne tiennent que quelques heures avant de se faner. C’est justement cette fragilité qui rend le spectacle si précieux aux yeux des visiteurs.
Oui, tout à fait : une carotte, un radis noir ou une pomme de terre suffisent pour s’initier à la sculpture de légumes avec vos enfants, à l’aide d’un petit couteau adapté et de cure-dents pour assembler les décors.
Oui, en plus des radis, les artisans travaillent aussi le totomoxtle, une feuille de maïs séchée, et la flor inmortal, une fleur des vallées d’Oaxaca qui garde sa couleur une fois sèche.
Claire Noël
Rédactrice principale de combiendejoursavantnoel.com. Passionnée de Noël depuis toujours, je réinvente chaque année la déco de ma maison autour d'un nouveau thème et je régale mes proches de sablés de Noël. Je partage ici mes traditions, recettes et idées testées chez moi pour que la magie de décembre dure le plus longtemps possible.












