J-68 avant Noël : le Mari Lwyd, le cheval chanteur du pays de Galles

Il reste 68 jours avant Noël, et ce 18 octobre nous vous emmenons au pays de Galles à la rencontre d’une coutume qui mêle musique, poésie et bonne humeur. Son nom : le Mari Lwyd, que l’on peut traduire par « la jument grise ». Derrière cette appellation se cache l’une des traditions de fin d’année les plus originales d’Europe, et l’une des plus joyeuses à raconter en famille.
Vous ne connaissez peut-être pas encore ce curieux cheval qui chante à la porte des maisons galloises. Pourtant, cette coutume a traversé plus de deux siècles sans perdre une miette de son charme ni de son humour, et elle continue chaque hiver de surprendre les visiteurs venus la découvrir pour la première fois. Suivez le guide pour tout savoir sur son histoire, ses rituels et la façon dont vous pourriez, vous aussi, vous en inspirer pendant les fêtes.
L’essentiel à retenir 🎄
Le Mari Lwyd est une tradition galloise dans laquelle un cheval fabriqué à partir d’un crâne décoré, fixé sur une perche et recouvert d’un drap blanc, va chanter de porte en porte autour de Noël. Devant chaque maison se joue le pwnco, une joute de rimes chantées qui décide si le cheval et sa troupe pourront entrer partager un repas. Née dans le sud du pays de Galles, la coutume connaît aujourd’hui un vrai renouveau, et peut même s’improviser à la maison en famille sous forme de petit concours de rimes.
Le Mari Lwyd, un cheval qui sort de l’ordinaire
Contrairement à ce que l’on pourrait croire au premier regard, le Mari Lwyd n’est pas un simple déguisement en tissu. Dans sa version la plus traditionnelle, la figure repose sur un véritable crâne de cheval, fixé au bout d’une perche puis recouvert d’un grand drap blanc qui dissimule entièrement la personne portant le dispositif. Le crâne est décoré de rubans colorés, parfois de clochettes, et ses orbites sont souvent garnies de billes de verre en guise d’yeux. Certaines versions plus récentes remplacent le crâne animal par une réplique en bois ou en carton, pour un résultat tout aussi impressionnant mais moins spectral. Grâce à une mâchoire articulée, actionnée par une ficelle ou un levier, le Mari Lwyd peut ouvrir et refermer la bouche avec un claquement sec, pour saluer ou taquiner les enfants sur son passage.
Présenté ainsi, ce curieux cheval festif ressemble à une marionnette géante de carnaval, une vraie curiosité folklorique qui amuse petits et grands quand il défile dans les rues du village, escorté par un petit groupe de musiciens et de chanteurs.
D’où vient cette tradition si particulière ?
La coutume remonte au moins au tournant du dix-neuvième siècle : les toutes premières mentions écrites du Mari Lwyd datent de la toute fin des années 1790 et du tout début des années 1800. Elle était surtout vivante dans le sud du pays de Galles, en particulier dans le Glamorgan, d’où proviennent la grande majorité des témoignages historiques, mais aussi dans le Monmouthshire et le Carmarthenshire. Pendant longtemps, le Mari Lwyd sortait autour de Noël et du Nouvel An, une période où les villages aimaient se retrouver pour chanter et faire la fête malgré le froid de l’hiver.
Cette tradition s’inscrit dans un ensemble plus large de coutumes hivernales appelées wassailing, une pratique consistant à aller de porte en porte pour souhaiter santé et prospérité à ses voisins, souvent en échange d’un peu de nourriture ou de boisson chaude. Le Mari Lwyd en est l’une des variantes les plus spectaculaires, puisqu’elle ajoute au rituel un personnage à part entière, mi-cheval mi-fantôme, qui vient réclamer l’hospitalité pour toute la troupe.
Un nom qui garde tout son mystère
Même les spécialistes du folklore gallois ne s’accordent pas complètement sur l’origine exacte du nom Mari Lwyd. La traduction la plus répandue, « la jument grise », s’appuie sur le mot gallois « llwyd », qui signifie gris ou pâle. D’autres chercheurs, comme le folkloriste Iorwerth Peate, ont avancé l’hypothèse d’un lien avec « Mari Sanctaidd », soit « Sainte Marie », en référence à une légende associant le cheval errant à la mère de Jésus cherchant un abri à Bethléem. D’autres pistes encore ont été proposées au fil du temps, sans qu’aucune ne fasse l’unanimité. Ce flou n’enlève rien au charme de la tradition, bien au contraire : il fait du Mari Lwyd un petit mystère linguistique autant que folklorique.
Le cheval pâle, un symbole plus vieux que Noël
Au-delà du Mari Lwyd lui-même, le cheval occupe une place à part dans l’imaginaire gallois et celtique. Dans le Mabinogion, ce recueil de légendes médiévales galloises, le personnage de Rhiannon est une figure mystérieuse étroitement associée aux chevaux, parfois décrite chevauchant une monture d’une blancheur remarquable. Plusieurs chercheurs ont rapproché ce personnage d’anciennes divinités celtiques liées aux chevaux, comme Epona. Aucun lien historique direct n’a jamais été établi entre cette mythologie plus ancienne et le Mari Lwyd tel qu’on le connaît depuis le dix-neuvième siècle, mais l’un et l’autre témoignent d’une même fascination galloise, très ancienne, pour la silhouette du cheval pâle.
Le pwnco, quand chanter permet d’ouvrir toutes les portes
Le vrai moment fort de la tradition se joue devant chaque maison. Le groupe qui accompagne le cheval frappe à la porte et demande à entrer, mais pas n’importe comment : en chantant. Les habitants, eux, sont censés refuser, également en chantant. Commence alors une joute de chansons et de rimes improvisées que l’on appelle le pwnco.
Chacun rivalise d’esprit et de malice. Les visiteurs lancent un couplet pour vanter leurs talents, les occupants répondent par une pique amusante, et la partie peut durer un bon moment. Lorsque les habitants finissent par s’avouer vaincus, faute d’inspiration, la porte s’ouvre enfin. Le cheval et sa joyeuse troupe sont alors invités à entrer pour partager nourriture et boissons, dans la chaleur du foyer. Une belle façon de transformer une simple visite en spectacle, et de rappeler que l’humour reste la meilleure des clés pour ouvrir toutes les portes.
Toute une troupe autour du cheval chanteur
Le Mari Lwyd ne voyage jamais seul. Un meneur, souvent le mieux habillé du groupe, tient les rênes du cheval, mène le chant et négocie l’entrée dans les maisons. À ses côtés, le Merryman anime la troupe à la musique, traditionnellement au violon, tandis qu’un Sergent veille au bon déroulement de la visite et calme les débordements si la fête s’anime un peu trop. Certaines troupes intègrent même des personnages inspirés du théâtre de rue, dans l’esprit des spectacles de marionnettes popularisés en Grande-Bretagne au dix-huitième siècle. Cette petite troupe costumée renforce le côté spectacle de la tournée, entre chant, comédie et improvisation.
Pourquoi la tradition a-t-elle failli disparaître ?
Le Mari Lwyd n’a pas toujours eu bonne presse. Avec la révolution industrielle, l’exode vers les villes et la montée d’une pratique religieuse plus austère, certains prédicateurs gallois ont vu dans ces tournées nocturnes, parfois arrosées, une coutume trop bruyante et peu compatible avec leurs valeurs. Dans de nombreux villages, le Mari Lwyd a ainsi fini par s’éteindre au fil du vingtième siècle. Un des rares endroits où la coutume ne s’est presque jamais interrompue reste le village de Llangynwyd, dans le sud du pays de Galles : la tradition continue d’y être jouée chaque premier janvier, devant un pub historique du village, perpétuée par une troupe de danse locale qui invente encore aujourd’hui de nouveaux couplets.
Une légende qui reprend des couleurs
Ailleurs au pays de Galles, la coutume connaît depuis quelques décennies un vrai renouveau. Un peu partout, des villages, des écoles et des associations remettent le cheval chanteur à l’honneur, souvent autour de la période de l’Avent et du Nouvel An. Certaines communes, comme Chepstow à la frontière anglo-galloise, organisent même chaque année en janvier un grand rassemblement mêlant wassailing, chants traditionnels et parade du Mari Lwyd, qui attire des visiteurs venus de loin.
On y croise des musiciens, des chanteurs et des familles entières, ravies de perpétuer cette coutume bien à elles. La joute de rimes, autrefois affaire de voisins, devient un moment de rencontre ouvert à tous, enfants compris. Ce regain d’intérêt s’accompagne aussi d’une curiosité grandissante pour le folklore britannique en général, redécouvert par une nouvelle génération en quête de traditions authentiques à transmettre.
Le Mari Lwyd et les autres animaux fantômes de Noël
Le Mari Lwyd n’est pas un cas isolé. Un peu partout en Europe, l’hiver fait surgir des créatures costumées qui rappellent, chacune à leur façon, ce curieux cheval gallois. En Angleterre, la tradition du hoodening met elle aussi en scène un cheval de bois à la mâchoire claquante, promené de maison en maison. En Allemagne, le Klapperbock est une chèvre à trois pattes dont la mâchoire s’ouvre et se ferme bruyamment, tandis qu’en Suisse, les Schnabelgeissen, silhouettes au long bec, animent certains villages en période de fêtes. Dans les pays scandinaves enfin, le Yule goat, ou bouc de Noël, incarne une tradition plus ancienne encore, liée aux mythologies préchrétiennes du nord de l’Europe et parfois associée au dieu Thor. Autant de cousins d’outre-Manche et d’outre-Rhin qui montrent à quel point l’Europe aime déguiser ses animaux pour célébrer l’arrivée de l’hiver.
Inspirez-vous du Mari Lwyd à la maison
Nul besoin de fabriquer un grand cheval pour s’amuser comme au pays de Galles. Vous pouvez organiser votre propre petit pwnco lors d’un repas de l’Avent : un membre de la famille frappe à la porte d’une pièce en inventant une rime pour entrer, et les autres répondent par une rime de leur cru. Celui qui sèche le premier ouvre la porte et offre un petit chocolat à toute la tablée.
Vous pouvez aussi raconter cette histoire au coin du feu, un soir de décembre, en laissant les enfants imaginer à quoi pourrait ressembler leur propre cheval chanteur : quelle couleur de rubans, quelle chanson, quelle friandise offrir aux visiteurs. C’est une jolie manière de préparer l’arrivée de Noël autrement qu’avec un simple calendrier de l’Avent, en misant sur l’imagination plutôt que sur les chocolats.
Envie d’aller plus loin ? Un drap blanc, un bâton et un peu d’imagination suffisent pour créer votre propre Mari Lwyd miniature. C’est aussi l’occasion de réfléchir en famille à comment vous déguiser pour Noël cette année, en piochant dans les traditions du monde entier pour twister vos costumes de fête.
Le Mari Lwyd n’est d’ailleurs qu’un exemple parmi tant d’autres traditions de Noël à travers le monde, toutes aussi surprenantes les unes que les autres selon les pays et les régions. De quoi donner des idées pour réinventer vos propres rituels de fêtes, entre légendes venues d’ailleurs et coutumes familiales bien à vous.
À 68 jours de Noël, le Mari Lwyd nous rappelle que les plus belles traditions sont souvent celles qui invitent à chanter, à rire et à se retrouver. Et qui sait, peut-être inventerez-vous, vous aussi, votre rime porte-bonheur pour ouvrir la porte des fêtes.
Foire aux questions
Le Mari Lwyd est une tradition galloise de Noël qui met en scène un cheval fabriqué à partir d’un crâne (réel ou reconstitué) fixé sur une perche et recouvert d’un drap blanc. Porté par une personne cachée sous le tissu, ce cheval va de porte en porte pour chanter et demander à entrer chez les habitants.
En gallois, Mari Lwyd signifie à peu près « la jument grise », mais l’origine exacte de l’expression reste discutée par les folkloristes, certains y voyant plutôt une référence à « Sainte Marie ». Aucune explication ne fait totalement consensus.
Traditionnellement, le Mari Lwyd se promène dans les rues autour de Noël et du Nouvel An, une période où les villages gallois aiment se retrouver pour chanter malgré le froid. Certaines célébrations modernes se tiennent même jusqu’en janvier.
Le pwnco est la joute chantée qui se joue devant chaque maison visitée : le groupe accompagnant le cheval réclame l’entrée en chantant, les habitants refusent également en chantant, et l’échange de rimes continue jusqu’à ce qu’un camp cède.
Dans sa version la plus traditionnelle, oui : un authentique crâne de cheval est fixé sur une perche et décoré de rubans. De nombreuses troupes actuelles préfèrent toutefois une réplique en bois ou en carton, plus facile à conserver et tout aussi convaincante.
Le Mari Lwyd est historiquement associé au sud du pays de Galles, notamment au Glamorgan, au Monmouthshire et au Carmarthenshire, même si des versions locales existent ailleurs dans le pays.
Quelques événements se tiennent aussi à la frontière anglo-galloise, comme à Chepstow, où wassailing et Mari Lwyd sont célébrés ensemble chaque année en janvier. Ailleurs en Europe, on retrouve des figures cousines lors des fêtes d’hiver.
Le plus simple est de le présenter comme un grand cheval-marionnette qui aime chanter et jouer à des devinettes. L’aspect un peu étrange du crâne disparaît vite dès que l’on insiste sur le côté joueur et musical de la tradition.
Oui, plusieurs pays ont leurs propres animaux costumés hivernaux, comme le hoodening horse en Angleterre, le Klapperbock en Allemagne ou le Yule goat dans les pays scandinaves.
Tout à fait : un drap blanc, un bâton et un peu d’imagination suffisent pour improviser votre propre pwnco en famille, avec des rimes inventées pour entrer dans une pièce ou obtenir un petit chocolat.
Claire Noël
Rédactrice principale de combiendejoursavantnoel.com. Passionnée de Noël depuis toujours, je réinvente chaque année la déco de ma maison autour d'un nouveau thème et je régale mes proches de sablés de Noël. Je partage ici mes traditions, recettes et idées testées chez moi pour que la magie de décembre dure le plus longtemps possible.












