J-56 avant Noël : à la rencontre de Ded Moroz, le Père Noël russe

Nous y sommes : il reste 56 jours avant Noël. En ce 30 octobre, les allées se couvrent encore de feuilles rousses et orangées, la lumière dorée de l’automne s’attarde sur les après-midis, et déjà l’envie de magie pointe le bout de son nez. Pour patienter joyeusement, partons aujourd’hui très loin vers l’est, à la rencontre d’un personnage que vos enfants vont adorer découvrir.
Il s’appelle Ded Moroz, et c’est ni plus ni moins le Père Noël des pays slaves. Barbe blanche, longue houppelande et bâton magique : le personnage a tout d’un cousin givré du nôtre, mais son histoire, ses traditions et sa petite famille méritent qu’on s’y attarde un moment.
L’essentiel à retenir 🎄
Ded Moroz, le Grand-Père Gel, est le Père Noël des pays slaves : il distribue ses cadeaux dans la nuit du 31 décembre au 1er janvier, pour le Nouvel An, plutôt que le 25 décembre. Il voyage en troïka aux côtés de sa petite-fille Snégourotchka, la Demoiselle des neiges, et possède depuis 1998 une résidence officielle à Veliki Oustioug, en Russie. Une jolie façon d’ouvrir vos enfants aux traditions de Noël du monde entier en patientant avant le réveillon.
Qui est Ded Moroz, le Père Noël des pays slaves ?
En Russie, en Ukraine, en Biélorussie et dans une bonne partie de l’Europe de l’Est, le distributeur de cadeaux ne s’appelle pas Père Noël, mais Ded Moroz. Ce joli nom se traduit par « le Grand-Père Gel », ou parfois « Grand-Père Givre ». Et il faut bien l’avouer, le personnage a fière allure. Imaginez un grand bonhomme majestueux, à la longue barbe blanche, drapé dans une ample houppelande qui descend jusqu’aux pieds. Sa tenue est souvent d’un magnifique bleu glacé brodé d’argent, même si on le voit aussi vêtu de rouge, à la manière de notre Père Noël. Sur la tête, un grand bonnet assorti, et aux pieds, de chaudes bottes de feutre pour affronter les hivers rigoureux.
Son accessoire le plus reconnaissable reste son grand bâton magique, souvent orné de cristaux au sommet. Avec lui, dit la légende, le Grand-Père Gel peut figer les rivières, dessiner des fleurs de givre sur les fenêtres et faire tomber la neige d’un simple geste. De quoi nourrir bien des histoires au coin du feu, entre un chocolat chaud et une chanson d’hiver.
Une origine ancienne, entre mythologie et histoire soviétique
Le personnage puise ses racines dans le folklore slave, où un esprit de l’hiver, sévère et imprévisible comme le froid russe, régnait déjà sur les récits populaires bien avant d’endosser un costume de distributeur de cadeaux. Son nom le dit tout net : en russe, « мороз » (moroz) signifie tout simplement le gel, la gelée. Rien à voir, donc, avec un simple décalque du Père Noël occidental, même si les deux personnages se ressemblent aujourd’hui.
L’histoire de Ded Moroz a d’ailleurs connu un vrai passage à vide. Après la révolution de 1917, les autorités soviétiques ont associé le personnage aux fêtes religieuses et l’ont banni des célébrations enfantines dans les années 1920, au point que Noël devient un jour ouvré comme un autre et que les sapins décorés disparaissent des foyers. Il faut attendre 1935 pour que Ded Moroz revienne officiellement, réhabilité comme figure laïque du Nouvel An plutôt que comme symbole religieux. C’est cette bascule historique qui explique pourquoi, aujourd’hui encore, le grand rendez-vous familial russe se joue autour du sapin de fin d’année plutôt que le 25 décembre.
Pourquoi Ded Moroz vient-il pour le Nouvel An et non pour Noël ?
Voici la grande différence avec notre Père Noël : Ded Moroz n’apporte pas les cadeaux le 25 décembre. Il les dépose pour le Nouvel An, dans la nuit du 31 décembre au 1er janvier. Le sapin lui-même porte d’ailleurs un nom charmant là-bas : on l’appelle la « Iolka », et c’est bien elle, décorée d’étoiles et de guirlandes scintillantes, qui trône au centre du salon pendant les festivités.
Les enfants attendent donc le passage du Grand-Père Gel le soir du réveillon du Nouvel An. Souvent, il ne se contente pas de glisser dans la maison en cachette : lors des grandes fêtes scolaires et des spectacles, il apparaît en personne, salue les familles et distribue les présents en demandant aux plus jeunes de réciter un poème ou de chanter une comptine avant d’ouvrir leur cadeau. Une belle façon de rendre la magie bien réelle, et un joli exercice de mémoire pour les petits.
Un dernier détail amuse souvent les enfants : en Russie, il existe aussi un Noël orthodoxe, célébré le 7 janvier plutôt que le 25 décembre. La raison est purement calendaire : l’Église orthodoxe russe a conservé le calendrier julien, désormais décalé de treize jours par rapport à notre calendrier grégorien. Ce Noël-là reste une fête bien plus religieuse et intime, sans Ded Moroz ni cadeaux sous le sapin, contrairement au grand raout populaire du Nouvel An.
À quoi ressemble une table de réveillon en Russie ?
Le réveillon du Nouvel An russe a ses propres rituels de table, tout aussi savoureux que les nôtres. On y retrouve immanquablement la salade Olivier, un mélange de légumes, d’œufs et de viande lié à la mayonnaise, ainsi que des mandarines, dont le parfum sucré est indissociable des fêtes d’hiver pour des générations de Russes. À minuit pile, les douze coups du carillon du Kremlin retentissent à la télévision, juste après les vœux officiels, et l’on trinque au champagne en se souhaitant une belle année. Certaines familles ont même pour habitude d’écrire un vœu sur un bout de papier, de le brûler à minuit et d’en jeter la cendre dans leur coupe avant de la boire, pour s’assurer qu’il se réalise.
Snégourotchka, la Demoiselle des neiges
Là où notre Père Noël compte sur ses lutins et ses rennes, Ded Moroz a une compagne de route bien à lui : sa petite-fille Snégourotchka, que l’on surnomme aussi la « Demoiselle des neiges ». C’est une ravissante jeune fille vêtue d’une longue robe d’un bleu argenté, parfois coiffée d’une couronne en forme de flocon. Tendre et lumineuse, elle accompagne son grand-père dans toutes ses tournées et aide à la distribution des cadeaux.
Ce personnage vient tout droit des contes russes, où plusieurs versions de son histoire circulent : fille de l’hiver et du printemps pour les uns, petite-fille du Grand-Père Gel pour les autres, la version aujourd’hui la plus populaire. Elle doit sa popularité à une pièce de l’écrivain Alexandre Ostrovski créée en 1873, portée ensuite à l’opéra par Rimski-Korsakov en 1882. Ce n’est qu’à partir des années 1930 qu’elle rejoint officiellement les célébrations du Nouvel An aux côtés de Ded Moroz, et elle tient depuis une place de choix dans les spectacles de fin d’année et les défilés russes.
Le voyage en troïka, l’attelage féérique de Ded Moroz
Pas de traîneau volant ici, mais un attelage tout aussi féérique : la troïka. Il s’agit d’un traîneau traditionnel russe tiré par trois chevaux alignés côte à côte, dont les grelots tintent joyeusement dans la nuit glacée. On imagine sans peine Ded Moroz et Snégourotchka filant à travers les forêts enneigées de bouleaux, leur troïka soulevant des nuages de poudreuse sur leur passage, sous un ciel étoilé digne des plus belles cartes postales d’hiver.
Veliki Oustioug, la ville officielle du Père Noël russe
Saviez-vous que Ded Moroz a, lui aussi, une adresse officielle ? Depuis 1998, la petite ville de Veliki Oustioug, nichée dans l’oblast de Vologda au nord de la Russie, a été désignée comme sa résidence attitrée. On y trouve un vaste domaine en pleine forêt de pins, avec des salles du trône, un atelier de jouets et une poste dédiée aux lettres des enfants du monde entier. Chaque année, plus de deux cent cinquante mille visiteurs font le voyage jusqu’à ce petit coin de Russie pour saluer le Grand-Père Gel dans son fief, tandis qu’environ 200 000 lettres d’enfants, venues de Russie et de bien plus loin, atterrissent dans sa boîte aux lettres officielle chaque hiver.
Ded Moroz a-t-il des cousins dans les autres pays slaves ?
Le Grand-Père Gel ne voyage pas seul dans l’imaginaire slave : il a des cousins portant des noms très proches. En Bulgarie, on le retrouve sous le nom de Dyado Mraz, littéralement « Grand-Père Gel » lui aussi, même si la figure traditionnelle de Dyado Koleda a repris de la popularité depuis 1989. En Serbie, on parle de Deda Mraz, un personnage arrivé pendant la période communiste, quand fêter Noël publiquement était mal vu et que le Nouvel An prenait le relais. En Ukraine enfin, c’est Did Moroz qui distribue les cadeaux, sous un nom quasiment identique à celui de son voisin russe. Une belle façon de voir combien l’histoire politique d’une région peut façonner ses traditions de fin d’année.
D’autres visages du Père Noël à travers le monde
Ded Moroz n’est qu’un exemple parmi tant d’autres : chaque pays a façonné sa propre version du vieux monsieur généreux. En Italie, c’est une gentille sorcière, la Befana, qui glisse des friandises dans les chaussettes début janvier. En Scandinavie, on croise plutôt des lutins facétieux, les Jultomtar ou Nisse, gardiens espiègles des fermes et des maisons. Si le sujet vous amuse, n’hésitez pas à explorer plus largement les traditions de Noël à travers le monde : c’est un formidable moyen d’ouvrir les enfants à d’autres cultures tout en gardant l’esprit des fêtes.
Fêter Noël à la russe : des idées pour toute la famille
Pas besoin de partir en Russie pour s’inspirer de cette tradition. Vous pouvez, par exemple, proposer à vos enfants d’apprendre un petit poème à réciter devant le sapin, façon spectacle scolaire russe, ou de préparer ensemble une décoration en forme de flocon pour couronner une poupée de chiffon en Snégourotchka improvisée. Raconter l’histoire du Grand-Père Gel au coin du feu, avec une tasse de thé fumant, est aussi une jolie façon de patienter en attendant le réveillon tout en découvrant une culture différente.
Vous pouvez aussi glisser une petite touche russe dans votre décoration : quelques flocons argentés, une nappe bleu nuit parsemée d’étoiles, ou une jolie poupée gigogne posée au pied du sapin. Rien de compliqué, juste de quoi éveiller la curiosité des enfants et leur montrer que Noël se fête différemment, mais avec la même chaleur, aux quatre coins du monde.
De quoi rêver un peu en attendant notre propre réveillon. La magie de Noël prend mille visages à travers le monde, et chacun a son charme. Alors, en grignotant le calendrier des jours qui restent, pourquoi ne pas raconter ce soir l’histoire du Grand-Père Gel à vos enfants ? Encore 56 jours avant Noël, et la fête sera là.
Foire aux questions
Ded Moroz, ou « Grand-Père Gel », est le personnage qui distribue les cadeaux dans les pays slaves comme la Russie, l’Ukraine ou la Biélorussie. C’est l’équivalent local de notre Père Noël, mais avec sa propre histoire, son propre costume et sa propre famille.
Contrairement au Père Noël qui passe le 25 décembre, Ded Moroz dépose les cadeaux dans la nuit du 31 décembre au 1er janvier, pour le Nouvel An. C’est cette fête, plutôt que Noël, qui reste le grand rendez-vous familial en Russie.
Snégourotchka, la « Demoiselle des neiges », est présentée comme la petite-fille de Ded Moroz. Elle l’accompagne dans ses tournées et aide à distribuer les cadeaux, une place qu’elle occupe dans les célébrations russes depuis les années 1930.
Sa tenue traditionnelle est souvent d’un bleu glacé brodé d’argent, une couleur qui évoque le froid et le givre de l’hiver russe. On le voit néanmoins aussi vêtu de rouge, plus proche de l’image occidentale du Père Noël.
Depuis 1998, sa résidence officielle se trouve à Veliki Oustioug, une ville du nord de la Russie. Les enfants du monde entier peuvent même lui écrire, puisqu’un bureau de poste dédié y reçoit environ 200 000 lettres chaque hiver.
Une troïka est un traîneau traditionnel russe tiré par trois chevaux attelés côte à côte. C’est le moyen de transport légendaire de Ded Moroz et de Snégourotchka pour leurs tournées à travers les forêts enneigées.
L’Église orthodoxe russe a conservé le calendrier julien, aujourd’hui décalé de treize jours par rapport au calendrier grégorien : leur 25 décembre correspond donc à notre 7 janvier. Cette fête reste plus religieuse et intime, sans Ded Moroz ni cadeaux sous le sapin.
Oui, on retrouve des cousins proches comme Dyado Mraz en Bulgarie, Deda Mraz en Serbie ou Did Moroz en Ukraine. Tous partagent des origines communes et une apparition liée à l’histoire du Nouvel An dans les pays de l’ancien bloc communiste.
Claire Noël
Rédactrice principale de combiendejoursavantnoel.com. Passionnée de Noël depuis toujours, je réinvente chaque année la déco de ma maison autour d'un nouveau thème et je régale mes proches de sablés de Noël. Je partage ici mes traditions, recettes et idées testées chez moi pour que la magie de décembre dure le plus longtemps possible.












