J-55 avant Noël : la surprenante histoire ukrainienne de Carol of the Bells

Nous voici à 55 jours de Noël, et ce 31 octobre offre un joli contraste : les citrouilles d’Halloween s’illuminent encore, les feuilles rousses craquent sous les pas, et déjà, quelque part, une mélodie de Noël se prépare à revenir. Il reste 55 jours avant Noël, et c’est justement le bon moment pour parler de cette mélodie bien précise. Vous la connaissez sans même y penser : quatre petites notes répétées en boucle, vives et entêtantes, qui surgissent dès que décembre approche. En anglais, on l’appelle Carol of the Bells. Son histoire est bien plus surprenante qu’on ne l’imagine.
Car contrairement à ce que beaucoup pensent, ce grand classique des fêtes n’a rien d’américain à l’origine. Il vient d’un pays que l’on associe rarement aux chants de Noël occidentaux : l’Ukraine. Et le chemin qui mène de la campagne ukrainienne aux vitrines new-yorkaises mérite vraiment d’être raconté en famille, entre deux bricolages d’Halloween et les premiers préparatifs de Noël.
L’essentiel à retenir 🎄
Le fameux Carol of the Bells n’est pas un chant américain : c’est le Chtchedryk, une mélodie traditionnelle ukrainienne arrangée par le compositeur Mykola Leontovytch en 1916. À l’origine, ses paroles racontaient l’arrivée d’une hirondelle annonçant une année prospère, sans un mot sur Noël. En 1922, un chœur ukrainien le fait découvrir à Carnegie Hall, puis Peter Wilhousky écrit en 1936 de nouvelles paroles anglaises évoquant des cloches. Depuis, ces quatre notes hypnotiques accompagnent Noël dans le monde entier, du cinéma aux reprises a cappella.
Un chant né en Ukraine, bien avant d’évoquer Noël
À la base, il s’agit du Chtchedryk (Shchedryk en transcription anglaise), un chant traditionnel ukrainien. Son titre vient du mot « chtchedryi », qui signifie généreux ou abondant. On le chantait lors du Chtchedryi vetchir, la « veillée généreuse », un moment de partage et de souhaits de prospérité associé aux célébrations du Nouvel An dans les campagnes ukrainiennes.
Le motif musical, lui, est beaucoup plus ancien que le chant lui-même. Il reposerait sur une mélodie préchrétienne, à l’origine liée à l’arrivée du printemps, avant d’être reprise par les traditions du Nouvel An. Quatre notes répétées inlassablement : une structure si simple et si efficace qu’elle reste gravée dans la tête dès la première écoute. Cette boucle hypnotique, c’est tout le secret de son charme, et le compositeur qui l’a mise en forme le savait très bien.
Le compositeur qui a donné vie au Chtchedryk
Le Chtchedryk doit sa célébrité au compositeur ukrainien Mykola Leontovytch. Entre 1901 et 1916, il retravaille la mélodie populaire et l’arrange pour un chœur a cappella, lui donnant la forme raffinée que l’on connaît aujourd’hui. C’est sur les conseils d’un professeur du Conservatoire de Kyiv qu’il pousse le principe de répétition des quatre notes jusqu’à en faire la signature du morceau.
Sa version est créée le 29 décembre 1916 à Kyiv, dans la salle du Conseil des marchands, interprétée par le chœur d’étudiants de l’université Saint-Vladimir (aujourd’hui l’université nationale Taras-Chevtchenko de Kyiv), sous la direction du chef de chœur Oleksandr Kochyts. C’est ce même Kochyts qui, quelques années plus tard, portera le chant bien au-delà des frontières ukrainiennes. Leontovytch, lui, ne profitera guère de ce succès : il meurt assassiné en janvier 1921, sans jamais savoir que son arrangement allait devenir un pilier des fêtes de fin d’année à travers le monde.
Une hirondelle annonciatrice de printemps, pas de Noël
Fait étonnant : à l’origine, ce chant ne parlait pas du tout de Noël, ni même de cloches. Les paroles racontaient l’histoire d’une petite hirondelle entrant dans une maison pour annoncer au maître des lieux une année prospère, faite de récoltes abondantes, de troupeaux en bonne santé et de richesse familiale à venir. Une jolie façon d’accueillir la nouvelle année avec espoir et générosité, bien loin des sapins et des guirlandes.
Ce détail surprend souvent les enfants : la chanson qu’ils entendent à la radio en décorant le sapin de Noël racontait, il y a plus d’un siècle, l’arrivée du printemps et d’un oiseau porte-bonheur. De quoi lancer une jolie discussion en famille sur la façon dont les traditions voyagent et se transforment au fil du temps, bien au-delà de leur pays d’origine.
1922 : le grand voyage vers l’Amérique
Comment cette chanson du Nouvel An ukrainien est-elle devenue un classique de Noël américain ? Tout commence avec la Chorale nationale ukrainienne, un chœur fondé et dirigé par Oleksandr Kochyts pour faire connaître la culture ukrainienne au monde, à une époque où le jeune État ukrainien cherche à affirmer son indépendance sur la scène internationale. Le chœur part en tournée à travers l’Europe, puis traverse l’Atlantique.
Le 5 octobre 1922, le chœur donne son premier concert américain au célèbre Carnegie Hall de New York. C’est le coup d’envoi d’une tournée de plusieurs centaines de concerts à travers les États-Unis et le Canada, entre 1922 et 1924. Le Chtchedryk, avec sa mélodie envoûtante, séduit immédiatement le public américain, qui n’a encore aucune idée qu’il tient là le futur roi des chants de Noël.
Pendant deux ans, les chanteurs ukrainiens se produisent dans plus de deux cents villes, portant leur répertoire traditionnel bien au-delà de ce que la petite chorale d’étudiants de Kyiv aurait pu imaginer en 1916. C’est cette tournée, plus que toute autre, qui installe durablement le Chtchedryk dans le paysage musical américain.
1936 : la naissance officielle de Carol of the Bells
C’est en 1936 que l’arrangeur américain Peter Wilhousky, lui-même d’origine ukrainienne, écrit de nouvelles paroles en anglais pour un chœur d’enfants qu’il dirige, à la radio. Il a besoin d’un morceau court, mais les jeunes chanteurs ne peuvent pas interpréter le texte ukrainien original. En écoutant la boucle de quatre notes, il y entend le son de cloches qui carillonnent joyeusement.
Il imagine alors un texte tout neuf, qui commence par « Hark how the bells », racontant des cloches annonçant la joie de Noël. Le Chtchedryk ukrainien devient ainsi Carol of the Bells, littéralement « le chant des cloches ». Fait amusant : les deux versions n’ont presque rien en commun dans leurs paroles, seule la mélodie relie l’hirondelle ukrainienne aux cloches américaines.
Une mélodie devenue culte, des studios de cinéma aux publicités
Depuis, ces quatre notes ont fait le tour du monde. On les entend par exemple dans la bande originale du film Maman, j’ai raté l’avion (Home Alone), composée par John Williams en 1990, mais aussi dans d’innombrables publicités, spectacles et arrangements diffusés chaque année à l’approche des fêtes. Elle n’atteint pas les scores de la chanson de Noël la plus vendue au monde, mais elle reste l’une des mélodies les plus reconnaissables de la période.
Peu de gens savent, en fredonnant ce grand tube des fêtes, qu’ils chantent en réalité un air ukrainien plus que centenaire, pensé au départ pour célébrer le printemps et l’arrivée des hirondelles. Une petite anecdote parfaite à glisser lors d’un repas de famille, entre deux discussions sur les cadeaux de Noël.
Des reprises modernes, du rock symphonique à l’a cappella
Carol of the Bells n’a jamais cessé d’inspirer de nouvelles versions. En 1996, le groupe de rock symphonique Trans-Siberian Orchestra l’intègre à son morceau Christmas Eve / Sarajevo 12/24, qui mêle la mélodie ukrainienne à un autre grand classique, « God Rest Ye Merry, Gentlemen ». Le titre s’inspire de l’histoire du violoncelliste Vedran Smailović, qui jouait de la musique dans les rues de Sarajevo pendant la guerre, un clin d’œil à la force que peut porter un simple air de fête au cœur de moments difficiles.
Plus récemment, en 2012, le groupe vocal américain Pentatonix propose une reprise entièrement a cappella, portée par des harmonies et un beatbox impressionnants. La vidéo cumule aujourd’hui des dizaines de millions de vues, preuve que ce chant ukrainien du début du vingtième siècle continue de séduire de nouvelles générations, bien loin des campagnes où il est né.
Pourquoi ces quatre notes restent gravées dans la tête
Le secret de Carol of the Bells tient en un mot : la répétition. Les musicologues parlent d’un ostinato, un motif court rejoué sans relâche, ici seulement quatre notes qui montent et descendent. Ce procédé, déjà présent dans le folklore ukrainien préchrétien, active la mémoire auditive de la même façon qu’une comptine enfantine : plus une phrase musicale est courte et régulière, plus elle s’imprime facilement.
Ajoutez à cela des harmonisations en chœur qui se superposent, un tempo qui semble s’accélérer, et vous obtenez ce fameux effet de cloches qui carillonnent de plus en plus fort. C’est précisément cette construction qui a inspiré Peter Wilhousky en 1936, et qui continue de donner des frissons près de cent dix ans après la création du Chtchedryk à Kyiv.
Faire découvrir Carol of the Bells en famille
Pour raconter cette histoire aux enfants, rien de tel qu’une petite écoute comparée : la version chorale ukrainienne originale, en Chtchedryk, puis la version anglaise Carol of the Bells, avant de terminer par la reprise a cappella de Pentatonix. Vous pouvez aussi la mettre en perspective avec d’autres grands classiques dont l’histoire est tout aussi surprenante, comme Douce nuit, sainte nuit, né dans un petit village autrichien, ou encore la version française bien connue de Petit Papa Noël.
Et pendant que vous y êtes, profitez de ces quelques semaines avant les fêtes pour commencer à réfléchir au sapin de la maison : notre guide pratique pour choisir son sapin de Noël vous aidera à faire le bon choix avant que les meilleurs modèles ne partent. Cette petite mélodie ukrainienne accompagne d’ailleurs à merveille les traditions de Noël du monde entier, tant elle a voyagé loin de son village d’origine.
Voilà une belle histoire à raconter en famille pendant que vous préparez doucement les fêtes. La prochaine fois que vous entendrez ces fameuses notes résonner dans un magasin ou à la radio, vous saurez qu’elles portent en elles plus d’un siècle de voyages, de traditions et de magie partagée. À 55 jours de Noël, c’est exactement le genre de petit trésor qui réchauffe le cœur en attendant les fêtes.
Foire aux questions
Cette mélodie vient d’Ukraine. Elle est basée sur le Chtchedryk, un chant traditionnel arrangé en 1916 par le compositeur Mykola Leontovytch, bien avant de devenir un classique de Noël aux États-Unis.
À l’origine, les paroles ne parlent pas de Noël. Elles racontent l’histoire d’une hirondelle qui entre dans une maison pour annoncer une année prospère, avec de bonnes récoltes et de la santé pour la famille.
C’est l’arrangeur américain Peter Wilhousky, d’origine ukrainienne, qui écrit en 1936 le texte anglais évoquant des cloches, pour un chœur d’enfants qu’il dirige à la radio.
Elle repose sur un ostinato, quatre notes répétées sans relâche. Ce procédé musical très simple, hérité du folklore ukrainien, s’imprime facilement dans la mémoire, un peu comme une comptine.
On l’entend notamment dans la bande originale de Maman, j’ai raté l’avion, composée par John Williams en 1990, ainsi que dans de nombreuses publicités et émissions de fin d’année.
Seule la mélodie est commune aux deux versions. Le Chtchedryk parle d’une hirondelle et du Nouvel An ukrainien, tandis que Carol of the Bells évoque des cloches de Noël, dans un texte entièrement différent.
Oui, notamment celle du groupe Trans-Siberian Orchestra en 1996 dans un arrangement rock, et la version a cappella de Pentatonix en 2012, vue des dizaines de millions de fois.
Tout à fait, c’est même une belle façon d’ouvrir une discussion sur les traditions du monde. La version chorale originale se trouve facilement en ligne sous le nom Chtchedryk ou Shchedryk.
Claire Noël
Rédactrice principale de combiendejoursavantnoel.com. Passionnée de Noël depuis toujours, je réinvente chaque année la déco de ma maison autour d'un nouveau thème et je régale mes proches de sablés de Noël. Je partage ici mes traditions, recettes et idées testées chez moi pour que la magie de décembre dure le plus longtemps possible.












